Paul Dirac — Wikipédia

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Site d'origine : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Dirac#Consid%C3%A9rations_religieuses

Heisenberg se rappelle d'une conversation entre des jeunes participants au Congrès Solvay de 1927 à propos des points de vue d'Einstein et de Planck sur la religion entre Wolfgang Pauli, Heisenberg et Dirac. La contribution de Dirac était une critique des fins politiques de la religion, qui fut bien appréciée par Bohr pour sa lucidité quand Heisenberg la lui rapportait plus tard. Entre autres choses, Dirac a dit :

 

« Je ne comprends pas pourquoi nous perdons de temps à parler de la religion. Si nous étions honnêtes — et les scientifiques se doivent de l'être — nous devrions alors admettre que la religion est un fatras d'assertions inexactes, qui ne reposent sur aucune base dans la réalité. L'idée même de Dieu est un produit de l'imagination humaine. Il est tout à fait compréhensible pourquoi des personnes primitives, qui étaient bien plus exposées aux forces écrasantes de la nature que nous le sommes aujourd'hui, avaient dû personnifier ces forces en peur et tremblement. Mais de nos jours, puisque nous comprenons tant de processus naturels, nous n'avons pas besoin de ces solutions. Je ne vois absolument pas en quoi le postulat d'un Dieu tout-puissant nous aide en quoi que ce soit. Ce que je vois c'est que cette hypothèse mène à de tels questionnements stériles comme pourquoi Dieu permet autant de misère et d'injustice, l'exploitation des pauvres par les riches et toutes les autres horreurs qu'Il aurait pu empêcher. Si la religion est toujours enseignée, ce n'est pas du tout parce que ses idées nous convainquent encore, mais simplement parce que certains parmi nous veulent garder la classe populaire en silence. Des gens silencieux sont bien plus faciles à gouverner que les vociférant et insatisfaits. Ils sont aussi plus facilement exploitables. La religion est une sorte d'opium qui permet une nation à se bercer elle-même de doux rêves et à oublier les injustices qui sont perpétrées contre les gens. D'où l'alliance rapprochée entre ces deux grandes forces politiques, l'État et l'Église. Les deux ont besoin de l'illusion qu'un gentil Dieu récompense, au paradis si ce n'est sur Terre, tous ceux qui ne se sont pas levés contre les injustices, qui ont accompli leur devoir silencieusement et sans plaintes. C'est précisément pourquoi l'honnête assertion qui veut que Dieu est un simple produit de l'imagination humaine est marqué comme le pire des péchés mortels. [7] »

L'opinion d'Heisenberg était tolérante. Pauli, qui était elevé en tant que catholique, reste silencieux après ses premières remarques, mais finalement lorsqu'on lui demanda son opinion, dit : « Eh bien, notre ami Dirac a une religion et son credo est : Il n'y a pas de Dieu et Dirac est son prophète ». Tout le monde éclate alors de rire, y compris Dirac. »[7],[8]

Plus tard dans sa vie, l'opinion de Dirac à propos de l'idée de Dieu était moins mordante. Dirac écrit dans un article de la revue Scientific American en mai 1963 :

« Il semble que c'est une des caractéristiques fondamentales de la nature que les lois physiques fondamentales soient décrites en tant que théorie mathématique de grande beauté et puissance, ayant besoin d'un niveau assez élevé de mathématiques pour les comprendre. Vous pourriez vous demander : pourquoi la nature est bâtie de cette façon ? Nous pouvons seulement répondre que notre savoir actuel semble indiquer que la nature est bâtie ainsi. Nous avons tout simplement à l'accepter. On pourrait peut-être décrire la situation en disant que Dieu est un mathématicien de premier ordre, et qu'Il a utilisé des mathématiques très avancées pour construire l'univers. Nos faibles entreprises en mathématiques nous permettent de comprendre un peu l'univers, et au fur et au mesure que nous développons des mathématiques supérieures, nous pouvons espérer mieux comprendre l'univers.[9] »

En 1971, lors d'un congrès, Dirac fait part de son opinion sur la question de l'existence de Dieu. Dirac explique que l'existence de Dieu pouvait seulement être justifiée si un événement très peu probable avait eu lieu par le passé :

« Il se peut que le commencement de la vie soit extrêmement difficile. Il se peut que cela soit si difficile que cela s'est produit seulement une fois parmi toutes les planètes existantes. Supposons, comme une conjecture, que les chances que la vie émerge en présence des conditions physiques adéquates est de 10−100. Je n'ai aucune raison logique de proposer ce chiffre. Je veux simplement le considérer comme une possibilité. Sous ces conditions... il est quasiment certain que la vie ne serait pas apparue... Et je sens que, sous ces conditions, il serait nécessaire de supposer l'existence d'un dieu pour déclencher la vie. Je voudrais alors établir cette connexion entre l'existence d'un dieu et les lois physiques: si les lois physiques sont telles que le démarrage de la vie implique une chance excessivement basse, de sorte que ce ne serait pas raisonnable de supposer que la vie aurait commencé seulement par chance aveugle, alors il doit y avoir un dieu, et un tel dieu montrerait probablement son influence dans les sauts quantiques qui se déroulent plus tard. Par contre, si la vie peut émerger facilement et n'a pas besoin d'influence divine, alors je dirais qu'il n'y a pas de dieu."[10] »

Dirac ne s'est engagé à aucun point de vue précis, mais il a décrit d'une manière scientifique les réponses possibles à la question de l'existence de Dieu.

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